UN CRI D’AMOUR AU CENTRE DU MONDE, KYOICHI KATAYAMA

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Cela fait longtemps que je n’avais pas lu d’auteurs japonais et ce petit roman qui date de 2008, Un Cri d’amour au centre du monde,  a été l’occasion de retrouver cette littérature que j’aime tant : le thème n’est pas forcément des plus joyeux, on est entre Love story et Nos Etoiles contraires, vous voyez ce que je veux dire ? Oui, une belle histoire d’amour entre jeunes lycéens qui ne peut pas se vivre jusqu’au bout car l’un des deux tombe gravement malade… L’intérêt de cette histoire tient aux choix narratifs de l’auteur : Sakutaro se souvient… mais aussi à la qualité de la langue qui fait de chaque mouvement de branches, de chaque rencontre entre Sakutaro et son grand-père, de chaque pierre ajoutée à l’histoire entre Sakutaro et Aki… un moment de grâce, de poésie, une petite bulle unique qu’on a envie de préserver au maximum afin qu’elle n’éclate pas, le tout raconté avec la plus grande pudeur, on est ému mais on ne se sent pas pris en otage par une émotion trop tournée vers un pathos souligné à grands traits, du tout.

J’ai vraiment aimé ce roman – best-seller au Japon adapté au cinéma et en manga – que je compte bien proposer à mes élèves de 4°: il n’y a pas d’âge pour découvrir la littérature japonaise autrement que pas les mangas je veux dire ! Merci Stephie pour ce conseil lecture que tu avais donné l’an passé je crois 😉

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JOHNNY, Martine Pouchain

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Voilà un petit roman qui relate une histoire tragique que j’ai découvert à l’occasion du Salon du Livre de Jeunesse de Gaillac qui a lieu ce week-end : l’auteure, Martine Pouchain, est venue rencontrer pendant 1h mes élèves de 4°. J’avais préparé la rencontre la veille et commencé à leur lire ce roman, d’une soixantaine de pages à peine, qui a suscité un vif engouement à la fin de l’heure car il ne manquait que 20 pages quand la sonnerie a retenti. L’auteure nous a fait le plaisir de nous lire ces pages-là et les élèves ont pu lui poser des questions.

Johnny, c’est l’histoire tragique d’un adolescent, souffre-douleur de son établissement, qui est tombé amoureux d’une jeune fille qui ne le regarde même pas. S’ajoute à ce tableau déjà peu réjouissant pour lui de lourds problèmes familiaux… Les choix narratifs faits par l’auteur permettent de tenir le jeune lecteur en haleine, il voit se dessiner bien sûr progressivement le thème du harcèlement mais il ne s’imagine pas l’issue de cette histoire… C’est un roman dont il faut parler ensuite avec les lecteurs et c’est ce que j’ai fait ensuite  lors du retour en classe. Il en est sorti de belles choses, je suis absolument ravie de cette rencontre. En plus, elle leur a donné envie de lire d’autres de ses romans comme Gloria ou bien encore Zelda la rouge.

LA SERVANTE ECARLATE, Margaret Atwood

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Le boulot ayant repris depuis un moment déjà, mon rythme de lecture s’est considérablement ralenti…mais je crois que je suis passée à côté de ce roman, La Servante écarlate, dont les médias ont beaucoup parlé ces derniers mois car il y a eu une adaptation en série :  » The Handmaid’s tale ». J’ai mis 3 semaines à le lire et j’ai vraiment peiné… la fin m’a paru plus prenante, mais que le début est long !! Bref, je n’ai pas accroché à cette dystopie féminine dans laquelle les femmes sont privées de tous leurs droits et sont utilisés comme des calices, réceptacles d’un bébé pour les familles haut placées dans la société… Tel est le monde dans la république de Gilead. Les articles que j’ai pu lire sur la série TV m’avaient paru tellement intéressants que je n’avais pas hésité à acheter ce roman pour voir ce qu’il en était…j’ai vu, je suis déçue, mais peut-être mon jugement est un peu faussé par cette période chargée et fatigante qui fait que j’ai mis  beaucoup trop de temps pour m’immerger vraiment dans cet univers atypique… c’est dommage. Et vous, l’avez-vous lu ?

CELLE DONT J’AI TOUJOURS REVE, Meredith Russo

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Voilà un roman qui aborde un sujet très délicat et dont on entend pourtant souvent parlé : les adolescents transgenres. Dans « Celle dont j’ai toujours rêvé », Amanda, 18 ans, est née Andrew. On apprend qu’elle quitte la ville dans laquelle elle vivait chez sa mère car elle a subi une grave agression. Elle va vivre chez son père qu’elle n’a pas vu depuis 6 ans mais qui a accepté qu’elle vienne chez lui. L’histoire n’est pas racoleuse, ni sensationnelle, elle est juste touchante : on a le coeur serré tout au long de ce récit car nous en savons plus que la plupart des personnages qui entourent Amanda et cela crée une tension terrible. Amanda est terriblement attachante de par sa fragilité mais aussi de par sa force de caractère : elle a longtemps vécu prostrée, mal dans sa peau de garçon qu’elle savait définitivement ne pas être la sienne, elle a traversé des épreuves très douloureuses et malgré cela elle est là, débout, prête à croire qu’elle peut vivre une vie comme tous les autres…c’est un personnage admirable qui croisera sur son chemin des gens respectueux mais aussi, vous vous en doutez, des personnes malveillantes. Je trouve que le sujet est abordé avec délicatesse sans le côté racoleur des émissions tv. Je n’ai pas tout apprécié dans l’histoire car certains passages sont cousus de fil blanc, mais je conseille malgré tout la lecture de ce roman qui fait la part belle à l’amitié, à l’espérance, à l’amour et à la tolérance.

LA MALADROITE, Alexandre Seurat

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Les médias avaient beaucoup parlé de ce premier roman en septembre 2016 pour en souligner à la fois la qualité, la sobriété et la noirceur de ce que l’auteur a choisi de raconter. Derrière la petite Diana, fillette de 8 ans, il y a un fait divers autour de la petite Maddie, dont l’auteur a voulu parler de cette manière.

 » Diana, huit ans, a disparu. Ceux qui l’ont approchée dans sa courte vie viennent prendre la parole et dire ce qui s’est noué sous leurs yeux : grand-mère, tante, demi-frère, instituteurs, directrices d’école, médecins, assistantes sociales, gendarmes, procureur… – tous impuissants à empêcher la répétition du pire. »

Dès les premières pages, on sait que la petite Diana a disparu, ce n’est que vers la fin du roman que nous apprendrons comment,, dans quelles circonstances. Tous les témoins extérieurs de cette sombre histoire rapportent leur rôle dans ce drame qui s’est joué sous leur nez sans que chacun puisse enrayer la  maltraitance… Ils sont face au mutisme de la petite, face à des respects de procédure, face à l’esquive du système mais aussi de la famille qui affiche une façade sans faille… Chaque protagoniste comprend que Diana est en danger, mais comprend aussi que Diana ne peut s’empêcher de participer à ce drame tant elle est en quête d’amour, d’affection…et donc ne laisse pas de chance à ceux qui la côtoient de l’aider vraiment. On lit cette histoire entre effroi et malaise, en prenant conscience que parfois les gens sont bien démunis face à des histoires aussi sordides et que les enfants maltraités ont peu de chance d’être entendus, compris, repérés car ils cherchent à protéger  leurs bourreaux et adhèrent donc inconsciemment à un système qui les anéantit. (Le passage où Diana est interrogée par les gendarmes et où elle récite un texte appris par coeur pour expliquer chacune des blessures, des marques visibles sur son corps est particulièrement glaçant.).

Un roman qui se lit d’une traite, bouleversant…

LA PASSE-MIROIR, tome 1 : Les Fiancés de l’hiver, Christelle Dabos

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Voilà, les vacances se terminent et j’ai achevé Les Fiancés de l’hiver à 5h00 ce matin : Ah ! l’insomnie de la veille de la rentrée…j’ai l’impression d’être une enfant qui reprend le chemin de l’école et qui angoisse à l’idée de revoir ses camarades, de savoir si sa classe sera sympa cette année ou pas… Bref, je m’éloigne de mon sujet. Cela fait longtemps que je devais lire ce roman sur lequel j’avais buté il y a un an ou deux et que j’avais décidé de lire cet été. Verdict : j’ai bien cru qu’il allait à nouveau me tomber des mains. Je trouve la mise en place très longue et peu engageante. Ensuite une fois l’intrigue lancée, j’ai pris plus de plaisir à retrouver chacun des personnages au fil des chapitres et j’ai lu avec avidité la dernière partie. Il est vrai qu’on ne peut nier ni la qualité de l’écriture ni l’originalité de l’univers créé par l’auteur – c’est sûrement ce qui vaut à ce roman d’être publié à la fois en jeunesse et en adulte, ce qui n’est pas forcément fréquent pour un roman jeunesse. J’ai apprécié aussi le personnage d’Ophélie qui prend de l’épaisseur au fur et à mesure qu’elle voit se dessiner ce qu’il attend, ce qui se trame autour d’elle. Elle est une jeune femme forte, sous son air juvénile et maladroit, qui sait prendre des décisions risquées et qui tient tête quand elle l’a décidé. Hâte de savoir le sort qui lui est réservé dans la suite de l’histoire…

Je suis contente d’avoir pris le temps de lire ce roman dont je lirai certainement la suite rapidement.

J’AI LONGTEMPS EU PEUR DE LA NUIT, Yasmine GHATA

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C’est une belle découverte que ce roman prêté par une de mes collègues à qui j’avais conseillé dans l’année de lire Petit Pays de Gaël Faye. Le lien est en effet évident entre ces deux ouvrages : aborder par la fiction le sujet douloureux du génocide rwandais.

Dans J’ai longtemps eu peur de la nuit, une jeune femme anime un atelier d’écriture une heure par semaine auprès d’adolescents. Elle leur propose de partir d’un objet, un objet qui leur est cher, un objet qui est dans la famille depuis longtemps, qui a une histoire… La semaine suivante, elle repère un jeune garçon prénommé Arsène qui a amené une photo de l’objet trop encombrant : une valise. A partir de là, elle sent qu’Arsène a besoin de parler de cet objet qui vient du Rwanda, elle ne le brusque pas, elle sait le faire venir à elle en lui donnant confiance et progressivement nous allons découvrir ce qui lie cet adolescent à cette valise.

Le récit, très simplement écrit, est vraiment émouvant. Le parcours d’Arsène est incroyable et on lit avec avidité les pages qui nous racontent comment il a pu survivre alors que sa famille n’a pas eu cette chance et comment il s’est retrouvé en France. On comprend aussi la raison de ce titre : « J’ai longtemps eu peur de la nuit ». On s’émeut de la  » relation  » qu’entretient Arsène avec cette valise mais que chaque personnage semble comprendre aisément une fois qu’il a eu connaissance de la vie d’Arsène ou ne serait-ce que connaissance d’où il vient. On ne peut s’empêcher de penser d’ailleurs à la chanson de Corneille « Parce qu’on vient de loin »… En parallèle on suit aussi le chemin de deuil de Suzanne, celle qui anime l’atelier d’écriture, et qui fait écho à celui d’Arsène. Je ne peux pas révéler trop de choses sur ce petit roman, tout en délicatesse et émotions, mais je vous le conseille vivement !

NYMPHEAS NOIRS, Michel BUSSI

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Voilà un roman dont j’avais beaucoup entendu parler et que je n’avais toujours pas lu ; il était donc sur ma PAL de l’été.

L’intrigue est simple : un meurtre commis à Giverny, ville célèbre en raison de Claude Monet. Celui-ci sera d’ailleurs omniprésent  dans le roman, non pas qu’il soit un personnage de l’histoire, mais l’auteur s’est documenté de manière approfondie pour faire ce roman et chaque chapitre nous livre des anecdotes passionnantes sur Monet et ses confrères – j’ai apprécié ce côté documentaire du roman d’ailleurs. Un jeune commissaire récemment nommé enquête, il est rapidement sous le charme de Stéphanie, la belle institutrice de Giverny, épouse du principal suspect. Il est aussi question en parallèle d’une vieille dame qui observe et voit tout. Les histoires s’imbriquent, les liens se nouent, mais le lecteur ne voit pas où l’auteur veut le mener et c’est ce qui fait la qualité de ce roman : j’ai été surprise par la grande révélation qui tient à la construction du roman : bravo !

L’ENFANT DES OMBRES, MOKA

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Après avoir lu cet été un roman conseillé par mon fils, voilà une lecture conseillée par ma nièce Maria : L’Enfant des ombres de Moka.

De quoi s’agit-il ?  » Morgane est la seule à voir les ombres. Dès qu’elle est seule dans les couloirs du lycée, elles apparaissent sur les murs. Ces temps-ci, elles se font de plus en plus menaçantes. Un jour, le pire se produit. Pourtant ce n’est que le commencement. Les phénomènes étranges s’accumulent. Le concierge de l’établissement passe ses journées à remplacer les ampoules électriques dans les couloirs et les escaliers, mais il y fait toujours noir. Les accidents se multiplient. Un professeur meurt brutalement. C’est aussi le moment que Camilia et ses amis ont choisi pour créer un club secret dont le but est de se réunir la nuit, dans le grenier au-dessus des dortoirs… »

J’ai apprécié cette lecture qui m’a rappelé des romans comme Les Disparus de Saint-Agil ou bien la série des Sans-Atout ou bien Le Club des cinq, mais ici ce roman s’adresse aux ados de 12 ans minimum, car certains passages sont tout de même durs et peuvent faire peur( il y a tout de même des morts, ce qui n’est pas le cas dans les romans cités précédemment). J’ai aimé le personnage de Camilia, mais celui de Morgane m’a un peu effrayée d’autant qu’elle évolue au fil de l’histoire et… brrrr ! Certains passages sont très cinématographiques et doivent donner des frissons aux jeunes lecteurs (je pense au moment où une des amies de Camilia se retrouve seule dans le dortoir attaquée par les ombres…on tremble avec elle).

Sinon je me pose des questions sur la fin du roman qui a dû laisser certains jeunes lecteurs perplexes car c’est une fin ouverte et on n’a pas forcément la sensation d’avoir eu les réponses à toutes nos questions. Je trouve que c’est bien d’habituer les ados à ce genre de fin : à eux de s’emparer de l’histoire et d’imaginer la suite, d’assembler certaines informations comme bon leur semble…  Une lecture à conseiller, sans hésiter.

UNE JEUNESSE AU TEMPS DE LA SHOAH, Simone Veil

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Voilà une lecture que je n’avais jamais pris le temps de faire et que la mort de son auteur a fait resurgir dans l’actualité au début de l’été et m’a donné envie de découvrir. Je dois dire que j’ai dévoré ce livre en une soirée, je n’ai pas pu le lâcher et je compte bien le faire lire à mes élèves de 3° à la rentrée. Je sais que ce n’est pas évident d’évoquer un tel sujet avec les élèves, que pour certains ça leur paraît trop lointain, qu’ils ont l’impression qu’on leur rabat les oreilles avec la Shoah, etc. Mais je suis convaincue que ce récit autobiographique – extrait de l’autobiographie Une Vie, titre choisi en raison de son goût pour Maupassant – ne les laissera pas indifférents : l’enfance et l’adolescence heureuses de Simone Veil foudroyées par la déportation, puis le retour à la vie, comment reprendre une vie normale après avoir vécu, subi, été témoin de tant d’horreurs… Etre celle qui est revenue alors que tant d’autres n’ont pas eu cette chance… Ce récit permet aussi de réaliser, une fois de plus, que parfois la vie de quelqu’un dépend de peu de choses : une rencontre, un concours de circonstances, une remarque.

Simone Veil a dit :   » L’idée d’extraire de ma biographie les quelques passages qui peuvent être regardés comme d’utile pédagogie vis-à-vis de la jeunesse d’aujourd’hui m’a paru séduisante. » Elle avait raison et j’ai hâte de connaître le ressenti de mes élèves qui, j’espère, seront sinon admiratifs du moins respectueux devant le témoignage de cette grande dame.